LA VIELa vie est un long chemin
Que l'on attaque très tôt
Quand on est pas trop malin
Et encore marmot.
Les fleurs en harmonies
Et les odeurs pures,
Ce monde est comme un paradis
Où les bonnes choses durent.
Puis un jour arrivent les sentiers battus
Avec gouffres, pierres et graviers
Que l'on essaye tant et plus
De défier et de braver.
Une lourde pierre m'a fait tomber dans un trou
Où toutes mains se sont déployées.
Mais n'ayant plus la force du tout
J'ai bien peur de ne plus durer.
Certaines personnes tentent de s'éloigner
Croyant que tout est fini.
Mais ne sachant leurs expliquer
Je me retrouve seule dans ce monde infini.
Tout ceci l'avenir nous le dira
Mais sache que je ne cesse de me battre
En sachant que tu es là
Auprès de cette marâtre.
Reste sur ton droit chemin
Ne t'occupe pas d'ailleur
Comme cela tu iras bien
Et tu ne seras que meilleur.
(Lyra)
JE NE SAIS COMMENT JE DURE...
Je ne sais comment je dure,
Car mon dolent coeur fond d'ire
Et plaindre n'ose, ni dire
Ma doleureuse aventure,
Ma dolente vie obscure.
Rien, hors ma mort ne désire;
Je ne sais comment je dure.
Et, me faut, par couverture,
Chanter que mon coeur soupire
Et faire semblant de rire;
Mais Dieu sait ce que j'endure.
Je ne sais comment je dure.
(De Pisan)
LA COMPLAINTE.
Les maux ne savent seuls venir
Tout ce qui m'était à venir
Est advenu.
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés?
Je crois qu'ils sont trop clair semés:
Ils ne furent pas bien fumés,
Si mon failli.
Ces amis-là m'ont bien trahi,
Car, tant que Dieu assailli
En maint côté,
N'en vis un seul en mon logis:
Le vent, je crois, les m'a ôtés.
L'amour est morte:
Ce sont mes amis que vent emporte,
Et il ventait devant ma porte:
Les emporta.
(Rutebeuf)
TRISTESSE.
J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaîté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.
Quand j'ai connu la vérité,
J'ai cru que c'était une amie;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégouté.
Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.
Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.
(De Musset)
RECUEILLEMENT.
Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Pendant que des mortels la multidude vile,
Sous le fouet du plaisir, ce boureau sans merci,
Va ceuillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main; viens par ici,
Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur le balcons du ciel, en robe suranées;
Surgir au fond des eaux de Regret souriant;
Le soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends, la douce Nuit qui marche.